martedì 15 settembre 2015

«Fraternité interreligieuse» ou «premier état athée du monde»?

Du 6 au 8 septembre 2015 à Tirana en Albanie, la communauté Sant’Egidio tenait sa réunion annuelle pour le dialogue interreligieux dans ce qui fut peut-être la dictature la plus féroce du vingtième siècle et qui se prétendit officiellement le « premier Etat athée du monde ». La cérémonie finale, près de l’énorme pyramide envisagée pour son tombeau par le dictateur Henver Hoxa, débuta par la plantation d’un arbre dans un jardin de la foi. De quoi faire se retourner dans sa tombe d’un cimetière communal celui qui avait commencé à en faire le jardin de l’athéisme. La personnalité qui tient la vedette aujourd’hui semble bien être la sainte Mère Teresa de Calcutta, née à Skopje. 
L’an dernier pour son premier voyage en Europe hors d’Italie, le pape François appela l’Albanie le pays de la fraternité interreligieuse. Cette expression fut reprise plusieurs fois par les autorités et le président de la république affirma que « les Albanais  n’ont jamais fait face ou vécu à travers leur histoire un conflit religieux entre eux » chrétiens et musulmans s’unissant même contre l’empire ottoman. Heureux de cette réputation méritée, ils savent, j’espère, que la fraternité est toujours à bâtir et à rebâtir.  
Contribue à cela une rencontre comme celle que nous avons vécu, membres de toutes les grandes religions et philosophies, en présence de deux ou trois mille membres de la Communauté Sant’Egidio d’Italie mais aussi d’autres contrées d’Europe et d’ailleurs et grâce à la participation très positive des Albanais. Un franciscain italien depuis longtemps en ce  pays me disait son étonnement d’une trop faible publicité en amont, mais le dernier jour, tout en maintenant son regret, il se réjouissait de ces jours formidables.  
L’événement avait débuté dans une grande salle de congrès avec autour d’Andrea Riccardi fondateur de la Communauté, Sant’Egidio, le Premier Ministre de l’Albanie, le Président de la république du Montenegro, les co-organisateurs locaux : Athanasios le primat de l’église autocéphale orthodoxe et le président de la conférence épiscopale ou encore Mgr Raphaël Sako, Patriarche des Chaldéens de Babylone/Bagdad, le rabbin Rosen d’Israël, le secrétaire général d’Al-Azhar au Caire et un Hindou qui s’’exprima avec une vigueur remarquée sur le défi écologique pour les religions. Au premier rang de la foule, étaient rassemblés les invités de tous les continents, cardinaux et évêques catholiques, métropolites orthodoxes, coptes et syriaques, l’imam de Lahore au Pakistan, des leaders bouddhistes du Japon et du Cambodge, des rabbins et encore des ministres actuels ou anciens comme Romano Prodi. Ces 250 participants s’apprêtaient à partager dans une trentaine de tables rondes  à partir du slogan « La paix est toujours possible ».
La table ronde n°25 où on m’avait prié d’intervenir regroupait, comme la plupart des autres, six personnes mais un peu trop de catholiques : un archevêque du Nigeria, le président de la conférence épiscopale d’Albanie,  la responsable de Sant’Egidio en France et moi, avec un musulman iranien et un métropolite orthodoxe. Heureusement le modérateur du panel était un Juif et non le moindre : le rabbin Skorka, argentin, ami du Pape, avec le thème : « Vivre ensemble est-il possible aujourd’hui ?».
Surtout à cause d’un problème de langues et de vue désormais, il m’est difficile de profiter des relations avec ces personnes engagées. Mais en ces jours sont venus vers moi l’archevêque franciscain albanais qui m’avait croisé plusieurs fois à Rome, l’évêque du Kosovo qui me rappela sa visite à Istanbul, un prêtre et une religieuse italiens responsables d’un centre interreligieux au Japon que j’ai la joie de connaître depuis plusieurs années, Mgr Santier évêque de Créteil… Et grâce à la délicatesse de la Communauté qui met près de chacun un de ses membres, tout au long de ces journées, je retrouve avec grand bonheur Angela Silvestrini. Marco Bartoli, autre membre de la Communauté se plut à veiller aussi sur moi le frère mineur car nous avons beaucoup en commun, lui  le grand spécialiste de Sainte Claire 
Ce n’était pas prévu mais l’inauguration d’un grand édifice chez les Bektachis, permit à certains d’entre nous d’être invités au dîner par le grand responsable. L’Albanie se glorifie d’être terre d’asile de ce mouvement syncrétique assez éloigné de l’islam que nous connaissons. Je mis quelques jours à me remettre du repas… mais je ne regrette pas la visite de l’édifice, du musée et j’ai apprécié la remarque de manque de courtoisie que Sa sainteté le Hajj Dédé de la confrérie adressa par deux fois à un groupe de mollahs qui ne gardaient pas le silence pour lui éviter de crier son discours ! Où est passée la finesse persane devait se dire le vieil homme ?
Il me reste à signaler que durant la messe du 8 septembre, on souligna mes soixante ans de profession religieuse ce qui me valut sur les marches de l’autel une photo entre le cardinal de Barcelone et celui de Naples. Le frère qui avait vendu la mèche était le vicaire général des Franciscains Conventuels qui me soutint quand nous descendîmes allumer la bougie de la solennelle cérémonie de clôture avec le Custode du Sacro Convento et l’évêque d’Assise. C’est là qu’en 2016, pour le trentième anniversaire de la rencontre de Jean-Paul II avec les leaders religieux, la Communauté nous convie et mes frères conventuels ne comprennent pas pourquoi je n’y serais pas… 
      Fr. Gwenolé, ofm

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